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« Il n’y a pas de fin. Il n’y a pas de début. Il n’y a que la passion infinie de la vie. »
Federico Fellini

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– Edito –

De l’égoïsme à la conscience du cœur

« Il suffirait d’un seul homme digne de ce nom pour continuer à croire en l’Homme et en l’humanité. Oui. N’y aurait-il qu’un seul Allemand respectable qu’il serait digne d’être défendu contre la horde des barbares. Rien n’est pire que cette haine globale indifférenciée, c’est une maladie de l’âme. Et  je comprends maintenant ces mots à l’issue de ma première visite ; ce qui est ici (et il montrait sa tête) doit venir là (et il montrait son cœur). »
Etty Hillesum, Journal, 1941-43

Au sein de Khôra, nous nous sommes donnés pour mission d’éveiller notre imagination créatrice. Chacun d’entre nous dispose de qualités spécifiques qui lui indiquent le chemin à suivre. Luc Toubiana en sa qualité d’ostéopathe, souhaite partager le sentir du corps qui est le sien ainsi que la compréhension graduelle des forces de santé qui animent ce corps. Camille Laura Villet, en tant que philosophe spécialiste (au départ) de l’abstraction picturale, cherche à travers l’art et la littérature l’événement du logos, autrement dit la parole.

Nous ont récemment rejoints :

  • Gaia Saitta, comédienne, auteur et metteur-en-scène, à qui l’observation et l’écoute fine du « matériau » humain permet, au fil de ses créations, de révéler l’âme et son mouvement intrinsèque ;
  • Nicolas Burger, consultant en transformation,  Invite à penser le changement comme constante du corps social et économique ;
  • Romain Parent, biologiste, pour qui les signes pathologiques pensés subjectivement peuvent offrir une possibilité de réforme aux sciences biomédicales.

Nous regardions hier un court documentaire sur Hokusai et sa célèbre vague. Une jeune conservatrice japonaise soulignait le fait que pour observer la vague telle que Hokusai était parvenu à la voir, comme une main aux multiples doigts crochus, il nous faudrait un appareil photo très perfectionné à même de prendre je-ne-sais-plus-combien d’images par seconde. L’œil qui voit ne voit plus la chose. Il voit le mouvement contenue dans l’idée à l’origine de la chose. Il accède à l’idée comme puissance formelle. Il ne s’agit donc pas d’une vision tournée vers l’extérieur mais vers l’intérieur… une vision dont l’âme de conscience, qui aura accédé à une maturité suffisante, se fera réceptacle.
Tel le soleil spirituel caché qui chaque matin porte secrètement le soleil physique, cette vision se lève en nous. Elle  est ce que nous appelons l’« imagination créatrice ». Elle nous donne la connaissance, le sens, de ce qui se produit sous nos yeux, sans que notre conscience ordinaire puisse le percevoir. Elle relève d’un éveil à une réalité supérieure et restaure l’amplitude de notre fonction noétique. Noétique vient de « noûs » qui signifie en grec, l’esprit. La fonction noétique désigne par conséquent les capacités de penser et, plus spécifiquement, de se (re)présenter le monde.
Cet éveil est indissociable du développement de ce qu’il convient de nommer une intelligence du cœur, à savoir ce cœur pensant dont nous parle toutes les traditions. Le chemin du cœur passe par la tête, c’est une évidence, mais comment fait-on passer ce qui est dans la tête au niveau du cœur, en d’autres termes encore, comment passe-t-on d’une conception du monde fondée sur notre entendement à une autre fondée sur la conscience ?
La difficulté majeure que nous rencontrons réside dans le fait que, pour nous, la conscience se limite à la conscience de soi, autrement dit à notre Moi, qui est, rappelons-le, une construction imaginaire, une réponse historique et opaque à notre environnement affectif, social, culturel etc.. Est conscient celui qui sait qui il est, à savoir un prénom, un nom, une fiche d’état civil, habitant de telle ville, de tel pays, exerçant telle profession etc. Nous ne prétendons pas que toutes ces informations soient sans rapport avec le JE. Nous pointons simplement le fait que nous nous enfermons en elles, comme si elles suffisaient à résumer ce que nous sommes et que, tôt ou tard, le JE dans son souci de désobjectivation progressive du monde aura à se libérer de l’emprise totalitaire du Moi. L’être se distingue de l’avoir, précisément, en ce qu’il relève d’une décision et d’une projection, et non pas d’un déjà-là, sous la main, concret, à disposition pour notre entendement et, par extension, pour notre consommation.
La crise que nous traversons actuellement, en raison des peurs qu’elle exacerbe, intensifie, tragiquement, cet enfermement et souligne la mainmise du pouvoir sur nos organismes. Entendons : notre égoïsme autorise une terrible manipulation.
Après plus d’un mois de confinement, les bouches se desserrent, les témoignages affluent et nous ouvrons les yeux sur l’état déplorable de nos cœurs. Nous arrivent des nouvelles des Ehpad où pendant plusieurs semaines, des personnes âgées ont quitté ce monde, sans soins ni visages familiers pour les accompagner. La raison à cela ne fut ni le manque de moyens, ni celui de personnel soignant mais le fait de directives officielles aussi absurdes qu’incompréhensibles… et tout cela au nom du principe de précaution et de la protection civile. Ont-elles été appliquées partout ? Certains ont-ils trouvé la force de résister et d’apporter à nos anciens une présence réconfortante lors du passage hors de ce monde ? Des proches ont-ils été autorisés à rendre visite à leurs parents alors que c’était interdit, confinement oblige ? Je suis convaincue qu’un peu partout des zones de résistance sont apparues pour prouver que nous n’étions pas, à ce point, tombés dans l’inhumanité, sous prétexte d’une épidémie, d’un virus nous mettant face à l’inconnu.
Dans Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse, Goldmund, dont le destin veut qu’il traverse une épidémie de peste, reste jusqu’à ce qu’elle en meurt auprès de celle qu’il devine, pourtant, n’être que la compagne d’un moment. Il n’abandonne pas l’autre à son sort. Or, dans les Ehpad, les malades furent condamnés à mourir seuls, dans un premier temps, par étouffement en 72 heures, les médecins traitants ne passant presque plus, par peur de contaminer ou d’être contaminés. Face aux souffrances provoquées par cette mort par asphyxie, le SAMU mit finalement en place un protocole d’aide à la fin de vie qui consiste à administrer un sédatif profond, permettant une mort douce. Tous, aux dires de l’infirmière anonyme d’un Ehpad situé dans le Grand Est, dont nous rapportons ici le témoignage, ne pourront cependant pas le recevoir. Quant aux familles, elles sont informées, après coup… Pourquoi ? Est-ce par peur de leur contestation ? d’avoir à assumer leur crainte ? De les voir arriver auprès du père, de la mère qui s’en va ? Toutes ces mesures, sur le moment, ont pu sembler compréhensibles. Le virus était inconnu et, partant, effrayant. De quoi était-il capable ? La situation en Italie nous terrorisait. Il fallait mobiliser le personnel médical pour les jeunes, ceux qui ont une chance de s’en sortir… Avec quelques semaines de recul, elles révèlent au-delà de leur incohérence, une réalité scientifique déprise de la réalité humaine. Que l’activité économique soit ralentie, voire mise à l’arrêt afin d’éviter la propagation du virus dans les transports en commun et les bureaux, soit. Mais qu’est-ce qui justifie la suspension de secteurs entiers dans les hôpitaux ? Ne souffre-t-on plus que du Covid ? Ne meurt-on plus que du Covid ?
Depuis quelques jours, les médecins traitants ont repris du service. Ils administrent, quand nécessaire, des antibiotiques. Bref, ils traitent ce qu’ils savent traiter : des pneumonies ; et évitent, autant que faire se peut, les hospitalisations. Retour à la normale ? Mais qu’est-ce que la normale ?
Déjà les laboratoires s’attellent à la tâche. Pour contrôler le virus, enrayer l’épidémie, il faut un vaccin ! Et soyez-en bien certain dès qu’il sortira, nous n’aurons aucun choix : il faudra être vacciné.
Qu’est-ce qui a conduit à ces mesures aberrantes dans les Ehpad ? Qu’est-ce qui conduit encore à cette frénésie pour un vaccin ? Il ne s’agit pas de condamner, en bloc, la vaccination, mais de souligner la manière dont le pouvoir s’accapare notre libre arbitre, notre capacité à faire des choix et à prendre parti, au nom, nous le répétons, du principe de précaution. Il y a là une perversion que l’humanité payera très cher si elle ne la saisit pas et ne la déjoue pas. On dira à ceux qui refusent d’être vaccinés qu’ils sont irresponsables et égoïstes. On dira qu’il mettent en péril les plus faibles, précisément les personnes âgées… ou les populations les plus pauvres, alors même que ceux qui refusent les vaccins sont ceux qui luttent le plus contre les agents pathogènes, mais sans le soutien d’une béquille chimique, confiant dans le fait de pouvoir se surmonter.
« L’homme n’est rien, disait Nietzsche, s’il ne se surmonte. »
Ce n’est pas Dieu qui nous fait défaut. C’est notre foi en l’Homme.
Sous nos airs de Xmen, avec notre arsenal biotechnologique, nous déplorons une faiblesse narcissique qui fait le jeu de la paranoïa. Comprenons, ici, par faiblesse narcissique une perte du sens dont est porteur notre Je. Nous ne nous sommes pas incarnés pour clamer notre individualité mais pour, ayant posé cette individualité, tendre vers l’Autre et d’agir pour les autres.
Or nous – les citoyens, le gouvernement – vivons désormais dans la crainte d’être pris en défaut, de ne pas faire ce qu’il faudrait, comme il faudrait. Demandons-nous à quel paradigme nous obéissons alors, à qui nous nous sentons tenus de rendre des comptes…
Nous avions peur, après nous être moqués de l’Italie, de vivre le même cauchemar. Les média, après l’enfer chinois, relayaient l’enfer italien. Entre fake news et effets d’annonces, nous nous sommes laissés ballotter. Les recommandations scientifiques et les mesures gouvernementales qui en ont découlé ont émané de ce contexte qui favorise les accusations, voire même l’esprit de délation, dont la France est désespérément et historiquement coutumière. Ils ont contribué à révéler également, non pas le manque d’argent, mais les incohérences de notre système, en terme de gestion, d’organisation… de vision. Soutenir l’économie ? Oui… mais pour quoi, pour qui ? Les manifestations, liées à la réforme des retraites, qui ont précédé la crise liée au Covid et, avant eux, les gilets jaunes essayaient de dénoncer cette incohérence. Ils n’ont fait que générer un climat insurrectionnel. Pourquoi ? Parce que, eux non plus, ne savent plus en vue de quoi l’humanité s’est incarnée… et que les contrepoints traditionnels à l’égoïsme et à la haine ne fonctionnent plus.
Quand la mort – à travers la fin d’un système ou une épidémie – se rappelle à nous, quand elle nous rappelle que nous n’avons pas le pouvoir sur elle, en dépit de tous les moyens techniques et scientifiques dont nous disposons, nous recherchons, comme autrefois, un bouc-émissaire et laissons croître la haine. Dans une magnifique mise en scène du Requiem de Mozart au festival d’Aix-en-Provence l’an dernier, le metteur-en-scène italien, Roberto Castellucci, transforme une enfant innocente, l’enfance elle-même peut-être, en bouc-émissaire. En ces temps où la violence qui s’exerce d’ordinaire au sein de la famille se trouve amplifiée, l’image est troublante, à la limite du supportable. Elle reste.
Pour affermir notre individualité, nous nous sommes, siècle après siècle, déliés les uns des autres, recouvrant la raison même de notre incarnation. Or devenir un Je n’a de sens, une fois encore nous le répétons, qu’à se projeter vers l’Autre. C’est là d’ailleurs le geste du poète, grâce auquel son Je s’élève. Sa voix se fait l’écho, toujours, de ce qui nous touche tous. Il accède à ce point singulier de liberté où les individualités dispersées se rencontrent à nouveau. Mais ce nouveau rapport à autrui ne saurait être un lien simplement affectif. Nos cœurs doivent devenir conscients. Il sera tentant – c’est inévitable – de répondre aux problèmes révélés par les Ehpad par un humanisme éculé, en se contentant de mesures de surface. Et nous ne disons pas qu’il ne faudra pas en prendre quelques-unes. Mais ces réponses sont celles-là même qui nous imposeront, à tous, sans distinction, la vaccination…
Il s’agit donc, plus profondément, d’autre chose. Nous avons à nous mettre au diapason les uns des autres, ce qui exige une transformation, plus encore, une conversion, c’est-à-dire de parvenir à réentendre la logique spirituelle qui sous-tend notre monde. Sans renoncer au sentiment de notre unicité, nous sommes invités à nous défaire de ce qui nous a permis d’en arriver là mais qui n’a désormais plus cours. Car c’est alors seulement que nous commencerons à nous souvenir de ce que nous sommes.
Cette souvenance créatrice est un autre mot pour imagination créatrice.
Pour conclure, réfléchissons un instant à ceci : nous vivons à une époque matérialiste et athée. Nous devrions donc, plus que jamais, accorder notre confiance à ce que nous avons validé par notre expérience. Certains rétorquerons qu’ils n’ont pas les connaissances pour juger des avancées scientifiques, qu’ils ne sont pas dans les laboratoires. Précisément ! La science, parce qu’elle parle un langage que nous ne comprenons pas, impose une loi que nous jugeons, par habitude, transcendante et à laquelle nous nous soumettons, comme nous nous soumettions, par le passé, aux Lois divines. Nous avons tué Dieu mais nous n’en avons pas terminé avec cette forme qui nous a poussés, pendant des millénaires, à croire en Lui. Nos observations actuelles devraient nous permettre de prendre conscience que la science tâtonne et relève d’une croyance. Elle n’est pas mauvaise. Elle ne devient mauvaise que dans la mesure où nous la confondons avec Dieu et la laissons prendre notre place. Demandons-nous enfin qui prétend prendre soin de nous, de nos corps, de notre santé et qui se soucie réellement de nous ?

Luc TOUBIANA
Camille Laura VILLET

– Autres pensées et participations – 

Banksy, 2008

« Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas possible. Dans l’état de dégénérescence où nous sommes c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits.»
Antonin Artaud, Le Théâtre et son double, Gallimard, Paris, 1938.

« Les âmes vivantes »

Les appels concernant la hausse des violences conjugales et des actes de maltraitance infantiles explosent…

Les passages à l’acte s’enchaînent dans un tumulte atone.

Par ailleurs, certains psychiatres crient leur désarroi face au traitement engagé chez leur patient que le confinement risque de briser…

Le mal-être de certains patients pourrait s’exacerber avec la solitude que peut produire le confinement.

Étant déjà enfermés à l’intérieur, ils le sont dorénavant à l’extérieur.

Quelle réponse apportons-nous à cet état de fait ? Qu’avons-nous mis en place pour continuer à les soigner ? Que pouvons-nous faire face à une telle souffrance ?

Je souhaite simplement élaborer avec vous des pistes de réflexion dans le cadre de Khôra Imagination. Et qui sait peut-être aurons-nous ensemble la possibilité de nous en servir pour mieux les aider et les aimer.

Je commencerais mon voyage intérieur avec vous en vous rappelant, à travers une œuvre cinématographique, le génie de ce « clown » qui m’a tant ému :

Le discours final du Dictateur de Charlie Chaplin qui, par radio-transmission, dans son extraordinaire satire du pouvoir hitlérien, déclarait au monde entier :

« Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Étant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Étant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence ».

A la lecture de ce petit texte, les larmes me reviennent. Je me revois enfant admirant la puissance comique et théâtrale de ce clown. Son regard triste et sombre m’avait marqué à ce moment-là. Lui qui habituellement me faisait tant rire, pour la première fois, il me faisait pleurer.
Je ne comprenais pas tout de son discours mais je voyais son expression si juste et si profonde que je me disais au fond de moi : « tu n’es pas seul mon Charlie, je suis avec toi »

Au regard de ces pleurs d’enfant, certains adultes mal-attentionnés auraient pu réagir par de la violence verbale voire physique au regard de cette émotion.

  • « Arrête de pleurer petit(e) con(ne) »
  • « Arrête ou je vais t’en coller une »

Quand je vois que les appels explosent je me dis que ces femmes et ces enfants n’ont peut-être pas pu regarder et s’émouvoir jusqu’à la fin d’un film comme celui-là.

Faut-il à ce point haïr la vie et soi-même pour s’en prendre à un enfant…

Alors oui je me sens proche de ces enfants que l’on violente avec des mots et même parfois avec des gestes. Je me dis que l’émotion peut-être un déclencheur pour ces malades. Une émotion qu’il retourne contre l’autre. Une émotion refoulée qui témoigne de leur propre douleur. Et quand ces malades habitent avec une femme et un enfant, c’est eux qui se prennent « en pleine gueule » le retour de ce refoulé.

Mais très vite, comme vous le voyez, l’intellect me rattrape et je pense à un guerrier de la pensée qui a combattu cette désaffection de la vie : Sénèque.

« Ce tourbillonnement d’une âme qui ne se fixe nulle part, et cette résignation morose et douloureuse […]; tenus étroitement enfermés, les désirs, faute d’issue, s’asphyxient d’eux-mêmes; viennent alors la mélancolie, l’abattement et les innombrables flottements d’un esprit irrésolu »[1]

Ces âmes sont des âmes lâches. Elles ne font pas que fuir la vie et l’autre, elles s’obstinent dans un néant. Ces âmes-là ne manquent de rien.

Leur difficulté à être provient de ce manque d’amour qu’elles n’arrivent pas à rencontrer. Sans désirs elles deviennent « des errantes » à défaut de désirantes. Et de cette errance naît leur violence. Elles n’ont donc plus de choix que de revenir ici et maintenant. Elles se sont tellement éloignées et perdues dans le néant, que tel un trou noir, elles aspirent toute forme de gravité céleste qui les approchent d’un peu trop près. Leur chemin du retour n’est donc que violence…

Que pouvons-nous donc faire de ces « cendreux » ? Leur énergie démesurée à nourrir leur propre néant nous éclabousse de leur vide abyssal à nier la vie.

Et pourtant nous avons une responsabilité face à ces enjeux de santé publique et de respect des droits humains.

Dans la Rome Antique, Lucrèce dépeint l’atmosphère de dépression collective qui a envahi la cité.

« Si seulement les hommes, qui ont bien, semble-t-il, le sentiment du poids qui pèse sur leur esprit et les accable de sa pesanteur, pouvaient aussi comprendre l’origine de ce sentiment, d’où vient cette énorme masse de malheur qui oppresse le cœur, ils ne mèneraient plus cette vie dans laquelle, le plus souvent, nous le voyons, personne aujourd’hui ne sait vraiment ce qu’il veut, où chacun cherche toujours à changer de place comme s’il était possible par-là de déposer le fardeau qui pèse sur nous ! Tel, souvent, sort d’une vaste demeure pour y rentrer sans tarder, découvrant qu’il n’est pas mieux dehors. Le voilà qui court en hâte vers sa maison de campagne, à bride abattue, comme s’il volait au secours de son logis en flammes ! Dès qu’il en a touché le seuil, il bâille, ou sombre dans un profond sommeil, en quête d’oubli — à moins qu’il ne regagne précipitamment la ville qu’il lui tarde de revoir. C’est ainsi que chacun se fuit soi-même, et cet être qu’il nous est impossible de fuir, auquel malgré soi, on reste attaché, on le hait — on est malade et on ne comprend pas la cause de son mal. »[2]

La plupart de ces malades ne cherchent même pas à se soigner. Ils ne cherchent ni la cause de leur trauma, ni à se changer eux-mêmes.

Leurs proches deviennent alors les réceptacles de leur « désordre intérieur ».

En laissant être une situation déjà connue et sous-estimée, l’État n’a-t-il pas répondu lui-même par la violence de son silence face à la « vague blanche de 2016 » ?

Il n’y a pas si longtemps encore, nos soignants exprimaient jusque dans la rue, leur désarroi face à un contexte de plus en plus tendu dans les différents milieux hospitalier.

Et là encore, l’État n’a-t-il pas non plus abusé de son « monopole de la violence légitime » [3] face à leurs angoisses de voir se dégrader un peu plus tous les jours leurs conditions de travail ?

Nos soutiens répétés, tous les soirs à 20h00, à nos travailleurs-citoyens de première ligne, témoigne de notre engagement à vouloir leur manifester notre compréhension de la valeur de leur « sacrifice ».

Il y a du sacré dans ces corps qui luttent pour apaiser ces malades en surnombre de leur souffrance respiratoire.

Saisissons-nous de cette énergie collective pour insuffler dans la durée une tolérance 0 aux différentes manifestations de violence à destination des femmes et des enfants.

Si nous continuons à ne pas nous concentrer sur les enjeux les plus proches de l’être, comme le fait d’en protéger ses gardiennes et leurs petits gardiens, nous risquons de nous enfoncer dans une noirceur indélébile.

Le moment est donc propice pour définitivement poser tous ensemble à l’aide de notre créativité, les fondements d’une société plus juste en commençant par réinventer notre modèle de contrat social.

Je m’arrête là et vous propose si vous le souhaiter d’en partager avec vous les prochaines réflexions et différentes actions à engager pour l’incarner.

Nicolas BURGER

[1] Sénèque, De la tranquillité de l’âme, vol. II, Paris, Rivages, 1988, pages 78-83.
[2] Lucrèce, De rerum natura, vol. 3 (lire en ligne )
[3] Le monopole de la violence (Gewaltmonopol), plus précisément le monopole de la violence physique légitime (Monopol legitimer physischer Gewaltsamkeit), est une définition sociologique de l’État développée par Max Weber dans Le Savant et le politique, qui a été importante en sociologie, mais aussi dans la philosophie du droit et la philosophie politique.
Cette expression définit selon lui la caractéristique essentielle de l’État en tant que groupement politique, comme le seul à bénéficier du droit de mettre en œuvre, lui-même ou par délégation, la violence physique sur son territoire. (Source Wikipédia)

– Approfondissement –

Le mythe de Persée et Méduse
Quelques clés supplémentaires au billet d’humeur #4
de Camille Laura Villet…

Nous pouvons le pressentir, un mythe, ou un conte, nous livre de profondes indications sur les processus évolutifs de l’âme en quête de son essence spirituelle, dégagée des seules contraintes du monde sensible où elle évolue.

Toute lecture philosophique et/ou psychanalytique de ces textes mythiques suppose, en deçà, un regard spirituel dont nous nous proposons ici d’énoncer quelques clés, en résonnance avec notre schéma corporel.

Comme nous l’avons précisé dans nos précédents éditos, l’âme, sur son chemin de prise de conscience d’elle-même et du monde, se structure selon trois forces constitutives nommées le penser, le sentir et le vouloir. Dans la conscience ordinaire, ces trois forces sont tributaires anatomiquement et physiologiquement de l’instrument corporel (le corps physique) agissant tel un miroir nécessaire à cette conscientisation.

Mais ces trois forces auront évidemment, dans leur devenir évolutif, à connaître les transmutations indispensables à leur initiation par l’esprit.
Une connaissance pleine et vivante du réel est à ce prix.

La purification de la force du penser est, traditionnellement, reliée à l’or solaire.
Celle de la force du sentiment à l’argent lunaire et, enfin, celle de la volonté à l’airain (mot antique pour désigner le bronze, alliage de différents métaux parmi lesquels le cuivre, l’argent et l’étain).
Cette triple purification ouvre alors au héros la porte de la connaissance intégrale des mystères les plus profonds, à la fois de l’univers et de son être intime (« Connais-toi toi-même, et tu connaitras l’univers et les dieux »)[1].

La pluie d’or (Zeus) venue féconder Danaé, la tour d’airain où elle est retenue captive, la libération de Chrysaor (dont le nom, étymologiquement, signifie « épée d’or » et que certains rapprochent du faucon d’or, renvoyant à Horus, ce qui tendrait à inscrire le mythe grec à la suite des mystères égyptiens[2]), le bouclier d’argent brillant comme un miroir donné par Athéna à Persée, dans le reflet (lunaire) duquel le héros peut regarder la Gorgone sans être aspiré dans un néant définitif sont autant d’indices ( il y en a bien d’autres encore) laissés par le mythe comme une invitation à une lecture incluant ce chemin parcouru par l’âme dans la mise en ordre de son chaos originel.

La triple voie ainsi évoquée guide le héros vers l’acte libre, porteur en son sein de vérité et de beauté.

Luc TOUBIANA

[1] Cette grille de lecture est issue de la grande Tradition. Nous la retrouvons, par exemple, dans le conte de Goethe : « Le Serpent vert ».
[2] « Dictionnaire des symboles, des mythes et des mythologies » par Jean Ferré, Ed. du Rocher, 2003

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