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« Il n’y a pas de fin. Il n’y a pas de début. Il n’y a que la passion infinie de la vie. »
Federico Fellini

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Notre dernière newsletter

 

– Edito –

Le corps comme source d’étonnement

 
« La peinture de la nature ne copie pas l’objet ; c’est réaliser son ressenti. »
Paul Cézanne
Le théâtre relève de l’expérience du corps.
Je pourrais tout aussi bien dire l’art en général.
Voir un tableau relève, aussi, d’une expérience du corps. Le peindre, cela va sans dire.Il s’agit de faire l’expérience de l’Autre, de ses partenaires, des spectateurs, de la nature, du théâtre, du musée… Tout entre dans la composition. Je dis bien TOUT.
Nul ne voit jamais deux fois le même tableau. Ce que nous voyons deux fois, c’est l’idée du tableau, la connaissance que nous en avons, ce que nous espérons y trouver.
Mais l’expérience est à chaque fois unique.
Et le corps est la porte qui délivre accès à l’unique. Il inscrit dans l’espace-temps le point où se réveille la mémoire qui nous relie spirituellement au monde, le point d’oubli, également, de ce que l’on considère, d’ordinaire, comme soi-même, son identité.
Il est ce qui nous fait passer d’ici à là-bas.

J’ai pris la main d’Adrien. C’était bientôt notre tour de jouer. Et déjà, je n’étais plus ici, dans l’habituel, mais là. Nos corps en jeu transfiguraient le jardin.

L’art nous fait passer dans l’outre-monde, chez les ultra-vivants. Je n’ai pas dit les morts. Je pense à ceux qui ont conscience de la conscience, que le visible, en apparence fixe, est, en réalité, toujours changeant.
La scène, qu’elle soit de planches ou bien un jardin au bord d’une rivière, est comparable à ce que j’appelle le plan du tableau, lequel n’est pas la surface de la toile peinte ni même la toile à peindre mais le plan auquel accède celui qui se destine à peindre.

Nous voulons plonger dans le ciel et nous redécouvrir.
Les Bleus de Mirò, au hasard.
Nous voulons faire de l’ordinaire quelque chose d’extraordinaire. Non pas le travestir mais le concevoir depuis ce lieu où se produit quelque chose de toujours singulier.
Connaissance de soi, éveil à sa nécessité propre. Qui suis-je ?
Nous cherchons à nous laisser surprendre au cœur même de ce qui est parfaitement su. Au théâtre, les Français répètent. Les Italiens essayent. Le but visé par tant d’effort : l’oubli… au moment des représentations, la représentation mentale doit lâcher pour que la vie surgisse.
Cézanne ne peignait pas la Sainte Victoire. Il peignait sa relation à la Sainte Victoire. Il peignait son corps face à la montagne. Ses toiles sont l’expression de ce qu’il sent. Aucune psychologie ici. Elles sont l’empreinte encore vive de ce qui déjà n’est plus.
La Sainte Victoire dit l’Autre, la forme humaine s’arrivant dans l’émerveillement du monde.
Le corps dont je parle ne se réduit pas à cette mécanique physique que la médecine s’échine à réparer quand elle se déglingue. Il est ce qui vit, ce qui nous relie les uns et aux autres, et qui nous anime et dont le corps visible est le reflet.
Il est l’instance que traverse l’Amour qui seul crée authentiquement et nous enseigne ce qui doit être.
Par le corps, donc, l’étonnement et la connaissance.
Par lui, encore, la forme de l’Homme en perpétuel devenir.

Camille Laura VILLET
 

– Autres pensées et participations – 

Luca della Robbia, Platon et Aristote ou la philosophie, 1437-39

De l’étonnement aux forces de santé

« Depuis que je me connais, le monde m’apparaît comme un phénomène vraiment extraordinaire, et chaque être, qu’il soit englué dans sa nuit ou inséré dans son bonheur, comme investi d’une importance primordiale et pour ainsi dire fabuleuse. D’où l’intensité du regard que je porte, la cascade de mes étonnements et le caractère absolu de mes amitiés et de mes mépris ».
Xavier Grall, L’inconnu me dévore, 1984

C’est principalement en Grèce, sept siècles avant notre ère, qu’apparaît en l’âme humaine la force du penser sous sa forme abstraite. C’est, de fait, la naissance de l’âme d’entendement et du moi.
Avant cela, l’âme se représentait les phénomènes de l’univers sous une forme imagée, dans une conscience « imaginative » sourde, proche du rêve éveillé, à demi-consciente, et s’éprouvait comme totalement intégrée à cet univers, sans autonomie réelle.

Ce moment d’éveil de la vie de la pensée, sous une forme non imagée cette fois, va conduire l’âme humaine sur le chemin de la séparation d’avec le monde.
Liberté et autonomie, certes, mais au prix d’une douloureuse castration.
Saut historique assez radical au sein des facultés de l’âme et nécessité spirituelle inscrite dans le devenir de l’humanité.

Dans Théétète, Platon écrit :
« Car cet état qui consiste à s’étonner est tout à fait d’un philosophe ; la philosophie en effet ne débute pas autrement, et il semble bien ne s’être pas trompé sur la généalogie, celui qui a dit qu’Iris est la fille de Thaumas. »[1]
Thaumas est un Titan, fils de la Terre (Gaïa) et du Flot (Pontos). Il représente l’étonnement, notamment l’émerveillement que peut susciter la mer.
En grec ancien, s’étonner se dit : «  to thaumazein ». Et Platon de nous gratifier, au passage, d’un petit jeu de mot…
« Thaumas épousa ensuite Electre, née du profond Océan ; et Electre enfanta la rapide Iris »[2]
Iris, messagère des dieux, est associée à l’arc en ciel. Platon fait d’elle le symbole de la dialectique, démarche par laquelle l’esprit s’élève vers la vérité.[3]

Aristote, de son côté, confirme et précise :
« C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l’esprit ; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leurs explorations à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’univers. »[4]

Platon était initié aux Mystères grecs. Aristote, lui, ne l’était pas mais il gardera toujours une vision spiritualisée du monde et de ses phénomènes (on considère que le premier penseur du monde grec s’incarne en la personnalité de Thalès, mais que le premier philosophe, au sens strict du terme, est bien Aristote. La pensée philosophique devant faire suite à la sagesse des Mystères antiques, il devenait nécessaire qu’Aristote, justement, ne fût pas un initié).
Les deux savaient l’entrée dans une nouvelle ère, celle de l’âme d’entendement. Ils en connaissaient à la fois la nécessité absolue pour le processus d’acquisition de notre liberté mais aussi les dangers et les douleurs qui l’accompagneraient inévitablement.

La force du penser se devait à présent de croître et de s’émanciper de la forme imagée instinctive présente jusqu’alors, avant de pouvoir la retrouver par ses propres efforts et, cette fois, dans une conscience logique et discernante d’une extrême lucidité.

Un penser combinatoire, dépendant de l’activité des sens physiques, risquait  fort d’enfermer l’âme dans la matière, ouvrant la possibilité au matérialisme,  au nihilisme d’exister et de l’en imprégner.
Ils savaient que, tôt ou tard, se ferait sentir – au moins pour certains – l’aspiration nostalgique à une fonction noétique libérée des entraves de l’unique perception sensorielle du monde physique.
Il fallait baliser ce chemin qui permettrait à une pensée sincère et accueillante de retrouver la douce lumière d’une véritable connaissance de soi.

Ils ont nommé l’étonnement, ou l’émerveillement, la première étape (ou le germe) sur ce chemin. Mais Il nous faut à présent en préciser certains aspects.

Un premier élément, qui peut surprendre notre conscience actuelle, est que seule une âme séparée du monde peut éprouver à l’égard de celui-ci un sentiment d’étonnement. Tant que l’homme, l’homme des temps mythiques, se ressentait comme parfaitement intégré à ce monde, uni au plus profond de son être aux phénomènes de la nature extérieure, dans l’impossibilité de se concevoir comme une entité autonome et donc de faire une distinction entre les forces actives en cette nature et celles agissantes en son propre corps, alors ce sentiment d’étonnement lui était impossible. La conscience (du moi) nécessaire à le percevoir était absente. Ce sentiment sur lequel insistent Platon et Aristote n’existait donc pas, en toute logique, dans les temps préhelléniques.

Ensuite, il faut admettre que, pour une conscience ordinaire, l’étonnement  se limite aux événements dont nous n’avons pas l’habitude, avec lesquels nous ne sommes pas familiers.
Par contre, pour l’aspirant à la connaissance, pour le chercheur de réalité, l’émerveillement se situe là où, justement, l’indifférence est de mise habituellement.
En évoquant cela, nous pensons particulièrement au monde de l’enfance.
L’enfant, de par son attention nourrie d’étonnement, est en effet naturellement philosophe mais sans en avoir la conscience. Le philosophe imaginatif, quant à lui, aspire à retrouver les germes de l’enfance et à accéder ainsi à la pleine conscience.

Enfin, si l’émerveillement est la première étape-germe du chemin qui mène à la connaissance de la réalité, c’est qu’il en existe d’autres qui lui font suite, que précise la grande Tradition, et qu’il nous faut simplement évoquer.
L’étonnement, qui permet au penser de sortir de la fixité imposée par l’entendement et de se remettre enfin en mouvement, doit être suivi d’un sentiment de vénération pour ce que ce penser plus mobile étudie.
Ce respect d’une immense profondeur sera lui-même suivi d’un sentiment d’unité, d’un plein accord, avec la sagesse de l’univers pour enfin, dans un dernier temps, permettre au penser de se faire alors plus contemplatif et de se laisser pénétrer par le monde sensible qui lui exprime sa vérité profonde, celle d’être une volonté agissante.

Cette transition progressive vers l’âme de conscience doit faire de cette dernière (nous l’avions déjà évoqué) le réceptacle du monde imaginatif – ou monde imaginal – porteur d’une autre qualité, comme tissée dans la précédente, ou comme dissimulée telle la source en son fleuve, celle d’une sagesse agissante éclairant les forces intimes de la mise en formes du vivant, les forces de vie et de santé.

Parvenue en ce monde de sagesse vivante, l’âme retrouve la patrie de Platon et d’Aristote, celle de la philosophie restée digne de son étymologie : « l’amour de la sagesse ».
Si nous considérons la philosophie comme préparation au retournement de l’âme pour son ascension vers la conscience imaginative, alors la question devient légitime de savoir si ce que l’on nomme « philosophie » aujourd’hui (et si omniprésente dans les médias) possède la chaleur nécessaire à cette mission.
Peut-être est-elle devenue un édifice fragile, un simple assemblage d’idées, soutenu par le seul entendement…
Cette même question nous avait déjà préoccupé pour l’art, et nous avions pointé les étranges dérives de certaines de ses réalisations contemporaines (voir l’édito de la newsletter Khôra # 15, décembre 2019 ).

Dans sa conscience ordinaire, l’âme est tributaire du corps physique qui offre un miroir à ses trois forces constitutives : le penser, le sentir et le vouloir.
L’âme, dans sa conscience imaginative à présent, se fait  elle aussi miroir, mais cette fois reflétant les forces vivantes de l’esprit.
Pour peu que l’on s’essaie à penser les liens entre l’esprit, l’âme et le corps, alors les concepts de reflet d’un plan sur un autre et d’inversion, telle l’image inversée dans un miroir, sont à considérer avec la plus haute attention.

La pensée est de tous les mondes, seul son contenu diffère en chacun de ces mondes.
Dans le penser ordinaire d’entendement, c’est le monde extérieur qui donne ce contenu issu de l’activité sensorielle. Mais lorsque la pensée, par un acte contemplatif, devient libre du sensible, c’est alors le monde intérieur qui cette fois nourrit ce contenu.
Le penser imaginatif est, on peut le pressentir à présent, un penser au contenu philosophique et artistique (l’art et la philosophie posés dans leurs missions originelles, à savoir l’expression dans le monde sensible de perceptions spirituelles colorées selon la personnalité propre à l’artiste ou le philosophe à considérer).

L’observation profonde de ce qui se joue dans embryogenèse, la croissance de l’enfant et tous les processus de régulation du corps nous demande de saisir le lien entre les forces formatrices du vivant et les forces vives de santé. Ces forces-là relèvent du monde imaginatif et c’est bien l’activité représentative imaginative qui nous ouvre à la contemplation de ces forces de vie, actives du début à la fin de notre parcours terrestre.
Il nous restera à poser, en nous aidant des concepts élaborés par la médecine ostéopathique dans son modèle biodynamique, comment ces forces formatrices imaginatives, forces de vie et de santé, pénètrent dans l’intime du corps et selon quel support.

Dans l’enfance, au moment de l’apprentissage de la parole, le penser abstrait se sépare des forces du penser imaginatif. Celles-ci se mettent comme en retrait tout en demeurant agissantes. La raison en est simple : le penser d’entendement ordinaire est lié, nous venons de le rappeler, au corps physique et particulièrement au système neurosensoriel qui lui fait miroir. Et, même si ce penser ordinaire est un écho figé d’une activité spirituelle reflétée par le corps physique, ne devient conscient uniquement ce que cet organisme physique veut bien faire devenir conscient. C’est pourquoi les représentations imaginatives vivantes sont toujours présentes mais habituellement inconscientes.
Ce n’est que par l’accueil de cette activité de l’esprit par l’âme de conscience que ce penser imaginatif vivant pourra enfin se redéployer consciemment et ce jusque dans le langage ordinaire qu’il utilisera parfaitement.

Luc TOUBIANA

(Note : au fil des différents éditoriaux, des concepts reviennent régulièrement et certaines redites sont inévitables. C’est volontaire. Le sujet de la connaissance imaginative est suffisamment complexe pour en multiplier les angles d’approche et se donner les meilleures chances d’accès à une saisie conceptuelle satisfaisante, en cheminant humblement et pas à pas).

 


[1] Platon, Théétète, 155d, Œuvres complètes, trad. Léon Robin, La Pléiade, Gallimard, 1950, t.II, p.103.
[2] Hésiode, La Théogonie, v.265.
[3] Platon, le Cratyle, 408b.
[4] Aristote, La métaphysique, t.1,A,chap.2. Ed ; Vrin, Paris, 1981.

Paul Nash, Néant, 1918

#penserautrement#
#royaumedulogoscontreempiredeladata#
Partie 3/4

Nous avons vécu, aux quatre coins du monde, plusieurs semaines de confinement. Notre économie s’est arrêtée. Les avions ont cessé de voler, les trains de circuler, les voitures de rouler… La terre s’est remise à respirer. Certains y ont d’abord vu une aubaine pour l’environnement puis tous les secteurs économiques, de la culture au Medef, ont sonné l’alarme, chacun tirant, évidemment, la couverture à soi. S’agissait-il de protéger notre santé et, à travers elle, le vivant ? Ou bien de le faire taire ?Lors d’une vision conférence[1] avec, notamment l’OMS, le Fond Mondial, la Banque Mondiale, La Fondation Bill et Melinda Gates, des laboratoires pharmaceutiques privés et publiques, Emmanuel Macron a déclaré « la lutte contre la Covid-19, un bien commun de l’humanité ». Je n’entrerai pas dans le débat qui consiste à critiquer les participants à cette conférence dont le but est d’organiser une lutte internationale efficace contre les épidémies, à commencer par la lutte contre la Covid-19, je m’interrogerai en revanche sur ce qui peut bien pousser un président à dire que la lutte contre une épidémie constitue un bien commun de l’humanité… Roméo et Juliette de Shakespeare, Le Taj Mahal, la Cité Interdite, le Château de Versailles, les chutes Victoria… que ces beautés culturelles ou naturelles, produits de la nature ou de l’esprit de l’homme constituent un bien commun de l’humanité, oui ! Mais la lutte contre une épidémie, non ! sauf à être convaincu – et c’est là une tournure tout à fait significative du mode de fonctionnement de notre entendement lorsqu’il n’y entend plus rien – que la guerre pourrait encore constituer en quoi que ce soit une issue pour l’humanité.  Si la guerre représenta le mode de conquête privilégié de l’homme pendant plusieurs millénaires, la Première Guerre Mondiale a révélé son obsolescence. L’industrialisation, en mettant face à face non plus l’intelligence des stratèges mais la force de frappe tout droit sortie des usines, imposait un autre mode de conquête, sans quoi l’humanité, tout simplement, s’auto-détruirait. Je ne dis pas qu’il n’est plus de combat. Je m’interroge sur le sens que pourrait désormais prendre nos combats, sur ce qui est à célébrer plus qu’à défendre.

L’histoire en témoigne, les alliances passées par temps de guerre sont des alliances d’autant plus éphémères qu’elles sont artificielles. Elles ne suffisent pas à faire émerger un point de rassemblement. A l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, pour assurer la pax americana, les Etats-Unis ont lancé la guerre économique. C’est elle qui a eu raison du communisme soviétique. C’est elle encore qui a poussé la Chine à un capitalisme libéral étatique, ce qui relève presque de l’oxymore. Deux décennies nous séparent de l’an 2000… Le monde s’est transformé. Il est devenu celui des nouvelles technologies, d’Internet et des téléphones portables, de la 3 puis de la 4G et bientôt de la 5G. Tous connectés, nous n’en sommes pas devenus plus solidaires. Je crois, par ailleurs, pouvoir assurer que les Etats-Unis ne recouvriront pas leur gloire d’antan… ni l’Europe. L’avenir appartient désormais à la Chine.
Au cours de cette même conférence, Emmanuel Macron appelle donc de ses vœux une réconciliation sino-américaine fortement compromise par les agissements de Trump et la logique d’empire dont la Chine ose, à nouveau, faire preuve. Cette réconciliation pourrait, en effet, jeter les bases d’une entente mondiale entre les principaux acteurs économiques lesquels, dans cette optique, comprendraient les pays du G7, du G20, les leaders du numérique et, cela va sans dire, les laboratoires pharmaceutiques. Il nous est impossible de savoir si le coronavirus est effectivement issu du plus important laboratoire de Wuhan et non de ses marchés à bestiaux. J’ai tendance à croire qu’il s’agit là d’une fake news visant à réactualiser une bonne vieille théorie du complot. Néanmoins nous pouvons affirmer que des équipes de chercheurs françaises y sont associées.
Je ne puis donc m’empêcher de considérer la politique – et plus encore la politique de santé – d’Emmanuel Macron comme une stratégie – encore que faible (la balle n’est pas dans notre camp) – visant à maintenir la France et l’Europe dans le concert des nations en s’associant aux recherches scientifiques menées par la Chine. Le but, louable, serait de ne pas perdre la main. Mais à quel prix ?

Dans ce contexte géopolitique délicat, l’arrivée du nouveau coronavirus constituerait alors effectivement un bien pour l’humanité. Le virus permettrait d’accélérer la nécessité d’une entente scientifique. Nul besoin, ici, de s’entendre vraiment. Nul besoin de plonger dans nos différences afin de nous éveiller à ce qui, plus essentiellement, fonde notre humanité. Nul besoin de ces circonvolutions subtiles, voire métaphysiques. Le temps presse. Il y a urgence. Notre santé est en jeu. Les chiffres parlent par eux-mêmes. La peur est instrumentalisée, le sujet libre et pensant, désarmé.

J’avais été extrêmement surprise par la première mesure du gouvernement Macron qui consistait à rendre huit nouveaux vaccins obligatoires en dehors de toute crise sanitaire. Quelle pouvait être la motivation d’une telle mesure sinon de créer une entente d’abord nationale, puis mondiale, forcée autour de la santé ? Fondées à partir de statistiques, établies selon la sacro-sainte méthode scientifique, les données sur lesquelles se base la Présidence de la République pour continuer de faire entendre la voix de la France sont irréfutables. Elles disent la vérité, i.e. traduisent fidèlement le discours des experts, et, par conséquent, ne peuvent que mener au souverain bien.

Soyons précis. Je ne m’oppose pas farouchement à la vaccination. Force m’est de constater que la vaccination a permis de faire reculer un certain nombre de maladies. En revanche, je m’oppose à son caractère obligatoire, et ce pour deux principales raisons :
– la première, la liberté m’est un bien inestimable que je ne voudrais, pour rien au monde, me voir ôter. A cet argument, assez banale venant d’une philosophe occidentale éprise de culture grecque, je me suis vue opposer, par certains membres du corps médical, mon égoïsme : je mettais, par mon refus de la vaccination, en péril toute l’Afrique bien moins susceptible que moi de pouvoir lutter contre la rougeole, par exemple…
– la seconde, je considère que dans nos pays où chacun a globalement accès à l’information, où il peut sans difficulté se renseigner et donc opérer des choix en fonction de ce qui lui semble le plus juste pour soi, la régulation se fait assez naturellement entre les vaccinés et les non-vaccinés, ce qui permet, globalement, d’assurer une bonne protection de la population.

Chaque année, des enfants non-vaccinés seront certainement victimes de maladies dont un vaccin auraient pu les protéger. Chaque année, d’autres enfants souffriront des séquelles rares, mais réelles, liées aux effets secondaires de la vaccination. Le risque zéro n’existe pas. La médecine occidentale est expérimentale. Sauf à prendre les individus pour des animaux de laboratoire, elle doit donc reposer sur leur consentement. Or que voyons-nous s’intensifier depuis quelques années et qu’assurément la crise du coronavirus a démasqué, tout en l’accélérant ? Une réduction croissante de nos choix en matière de santé. La raison tout d’abord avancée résidait notamment dans le déficit de la sécurité sociale qu’il fallait contenir, c’est-à-dire contrôler. Au nom du déficit, il fut décidé de ne plus rembourser l’homéopathie. Soit, après tout, quelques tubes de granules ne coûtent pas bien cher. Rares sont ceux qui ne peuvent pas se passer, pour ce type de traitement, d’un remboursement. Mais, en octobre 2019, le titre d’homéopathe fut déclaré illégal par l’Ordre des médecins[2]. Pouvaient encore y prétendre ceux qui exerçaient depuis longtemps mais nullement ceux qui sortaient des écoles, soi-disant de mèche avec les laboratoires privés… les médecins allopathes discréditaient les homéopathes. Puis ces mêmes médecins furent discrédités par les experts scientifiques qui firent passer au gouvernement l’ordre d’interdire la prescription de l’hydroxychloroquine et des antibiotiques à leurs patients atteints du covid-19. Pourquoi ? Dans quel intérêt ? Serait-ce pour nous faire accroire que seul un vaccin d’Etat, labellisé par les autorités, peut nous sauver ?

Dans l’intérêt de qui ? Des laboratoires pharmaceutiques ? Admettons que Macron soit l’ami des puissants et des riches. Il est aussi un promoteur de l’Europe. Il lutte aussi pour une France plus entrepreneuse que n’étranglera pas le poids des retraites. Sa démarche n’a rien d’aberrant. Et pourtant elle donne à beaucoup d’entre nous le sentiment d’un durcissement jouant contre la liberté individuelle. Son libéralisme sonne faux… ou plutôt creux. Nous devinons que plus rien n’en sortira d’approprié pour l’homme. Le renforcement de l’état de contrôle trahit son obsolescence.
Camille Laura VILLET
 
 

– Stage d’été –

Avec le soutien de la Ville de Grez-sur-Loing

 

Avec de gauche à droite : Alice GAUTHIER, Kyoeng-mee CHUNG, Isabelle COULOIGNER, Adrien DELESTRE, Arno NGUYEN, Chiara BUCHER, Juanita BOADA SALAZAR, Sarah BERTHOLON, Gaia SAITTA, Christèle ORTU, Camille Laura VILLET, Lucie BAUDON, Sandra LEVY, Véronique CAZALIERES, Marylène DUTEIL, Sophie BATSIS et le tableau de Konstantinos PAPARGIRIS
© Juanita Boada Salazar

PASSAGES
par Juanita Boada Salazar

 

Je marche lentement dans cette immense prairie. Mes pieds entrent en contact avec le sol et je me sens vivante, comme si le contact entre la peau de mes pieds et l’herbe me rappelait mes racines les plus profondes. La terre.
À chaque pas je découvre le paysage et je me répète à moi-même « je suis vivante », ce jour-là en tout cas, je me sens vivante.Au loin, des arbres se construisent sous mes yeux comme le décor d’un théâtre. Entre leurs branches, les lumières parfaitement placées éclairent celle qui deviendra notre scène. À 10h, des projecteurs éclatants côté jardin. À 18h, une lumière diffusée avec une gélatine jaune côté cour tombe sur certaines parties de la scène. Tous les jours la même lumière mais jamais pareille. Comme au théâtre, tout doit rester vivant.

Gaia nous amène au bord de la rivière pour « respirer », dit-elle. Mais nous sommes loin d’imaginer que cette respiration, toutes et tous ensemble, sera le fil invisible qui nous connectera, comme les racines souterraines des arbres qui nous entourent et qui les lient les uns aux autres.

Guten Tag, Halo…restent suspendus dans l’air. Christèle se mord les lèvres avec une sensualité irrésistible, appelle Jean-Michel et embrasse l’air. Le même air qui fait tournoyer Arno autour de cette forêt de femmes qu’il découvre à chaque arrêt et qui lui donnent l’élan pour poursuivre son chemin. Ce sourire. Si j’avais eu un petit frère, j’aurais aimé qu’il ressemblât à Arno.

Adrien arrose Camille à l’aide d’un arrosoir bleu clair et sur son corps fleurit un jardin de géraniums, comme à chaque fois qu’elle nous parle et qu’elle fait fleurir en nous un monde infini.

Io sono il vento
Sono la furia che passa
E che porta con sé
Ho attraversato il deserto
Cercando di te
T’amerò
Era scritto così…

Gaia dit : « faites-vous confiance. »
Quelle immense tache elle nous donne dans ce monde où plus personne ne fait confiance à rien. Elle me donne envie d’y croire Gaia, je la regarde souvent avec mes yeux d’enfant et d’un coup tout devient possible. Même être vivante.
La robe verte de Kyeong-mee s’entremêle avec la nature, sa danse est mélodieuse et elle nous emmène faire un voyage doux. J’ai l’impression d’entendre sa musique quand elle bouge.

Je crie ALICE ! et soudain les yeux bleus d’Alice se dessinent devant moi. Quand je la regarde j’ai en même temps envie de pleurer et de l’embrasser. Nous sommes au bord de quelque chose. Derrière moi, Isabelle lit Le Monde Diplomatique, ses mots traversent ma poitrine et la peur m’envahit à nouveau. Où va-t-on finir, les artistes ?
Sur le chemin vers l’église, Chiara dessine ses étoiles comme si personne ne la regardait, je sens sa liberté envahir tout mon corps, elle est rayonnante.

Marylène traverse la rivière en nageant, vient se mettre à côté de moi et me dit tout en me regardant dans les yeux : j’ai traversé la Seine. Je n’ai plus peur à côté d’elle.

Sophie pose ses paniers près de l’arbre et nous dit : « il y a du thé glacé et du café. » Jamais je n’avais rencontré une telle générosité. Elle me laisse sans mots.

ADRIEN ! crie Véronique. Nous dormons dans sa maison où j’imagine des petits enfants courir partout. La lune nous accueille chaque nuit derrière la porte, la maison est belle, calme, je dors. Adrien apparait derrière la porte, à peine réveillé, il a un bol de porridge dans les mains et s’assoit prendre le petit déjeuner à côté de nous. « Je peux prendre un croissant ? » nous demande-t-il, puis nous regarde et sourit timidement.

Lucie danse, danse, danse. Sa présence est discrète mais tellement forte. J’ai envie d’entendre le cri de son cœur, qu’elle nous parle de sa vie, de ses amours, de ses peurs.

Sandra garde un secret profond.
Son regard est fort.
Sa lumière me traverse entièrement et me donne des frissons.

Tout va bien dit Sarah, j’ai envie de nous dire que Tout va bien.
Sarah, ma sœur, mon miroir, elle dessine le monde avec tout son corps quand elle bouge. J’espère qu’elle n’arrêtera jamais de bouger.

Ce jour où il faisait 40 degrés, il était 14h47, on était assis en cercle mais nos pieds se touchaient à peine.
J’essaye d’enregistrer chaque mot, chaque regard, chaque sourire que je porterai en moi pour toujours.

Juanita BOADA SALAZAR
Comédienne et metteuse-en-scène
Juanita Boada Salazar est une comédienne, metteuse en scène et architecte colombienne, originaire de Bogota. Après avoir obtenu son diplôme d’Architecte à l’Université de Los Andes (Colombie), elle décide de suivre sa vraie passion : le théâtre.
Depuis 2005 elle fait des stages de théâtre classique, physique, clown, improvisation et cirque. En 2011 elle dirige le cirque Los Clavos pendant une année. En 2012 elle commence sa formation à l’École International de Théâtre Jacques Lecoq, en suivant le cours d’initiation, le Laboratoire d’Étude du Mouvement (LEM), l’atelier d’écriture. En 2016 elle obtient le diplôme de l’école Lecoq et commence le Master en Études Théâtrales à la Sorbonne Nouvelle. Elle travaille également comme assistante de production dans l’atelier parisien de l’artiste plasticien Carlos Cruz-Diez.
Elle intègre la compagnie GRRR de Susana Lastreto pour le spectacle La Cerisaie, variations chantées qui a débuté l’été 2016 au Théâtre 14 (Paris) et qui a joué en 2018 au Théâtre de l’Épée de bois à La Cartoucherie. Elle rejoint Le Manoir de Paris en Automne 2019 pour le spectacle Asylum. Elle rejoint également l’Opéra National de Paris en tant que Comédienne/Mime pour la production Benvenuto Cellini (2018) mise en scène par Terry Gilliam et Leah Hausman et les productions de Simon Boccanegra (2018) et L’or du Rhin (2020) mises en scène par Calixto Bieito.
Elle est la directrice artistique de la Compagnie de théâtre Antennarius Pictus avec laquelle elle a écrit et mise en scène son premier spectacle ELLE qui débutera en février 2021 à Champigny-sur-Marne.

 

© Juanita Boada Salazar

© Camille Laura Villet

© Gaia Saitta
A l’Hôtel Chevillon         

© Camille Laura Villet
Déjeuner sur l’herbe dans le jardin du Prieuré

Merci à Chloé Leray, en charge de la culture au sein de la municipalité de Grez-sur-Loing, qui nous a ouvert les portes du jardin du Prieuré et a permis, en dépit de cette période de grandes tensions et d’incertitude, aux artistes de créer et à la vie de passer.
Merci à Véronique Cazalières et Sophie Batsis pour leur participation et leur accueil exceptionnel.
Merci à Marie Cook de nous avoir accueillis à l’Hôtel Chevillon où résidèrent avant nous, entre autres, le peintre suédois Carl Larsson et le dramaturge August Strindberg.
Merci à Daniel Lettmann de nous avoir ouvert sa maison pour y loger des participants.
Et à l’année prochaine !

© Juanita Boada Salazar         
 Envol de Montgolfière au-dessus du jardin du Prieuré

 – Agenda –

Samedi 26 septembre 2020 de 17h à 19h
Les Couples Mythiques

par Camille Laura Villet
2e partie de notre traversée de l’Odyssée à la rencontre d’Athéna et Ulysse15 euros pour les non-adhérents.
Gratuit pour les membres de Khôra Imagination

Samedi 10 octobre 2020 de 17h à 19h
Le corps et la santé

Séminaire animé par Luc Toubiana
qui partagera les bases de l’ostéopathie ainsi que la recherche qu’il mène depuis plus de 30 ans sur les forces de santé qui animent notre corps.

20 euros pour les non-adhérents
10 euros pour les membres

Samedi 21 novembre de 17h à 19h
Les Couples mythiques

par Hubert Joseph-Antoine
Iris et Hermès

20 euros pour les non-adhérents
10 euros pour les membres

Samedi 12 décembre de 19h à 22h
Dîner-conférence

La yourodivy-attitude par Christelle Nicolas, historienne d’art et philosophe

30 euros pour les non-adhérents
15 euros pour les membres (participations aux frais du dîner)

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