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« Il n’y a pas de fin. Il n’y a pas de début. Il n’y a que la passion infinie de la vie. »
Federico Fellini

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    – Edito –

    « …L’homme habite en poète… »
    Retour sur la lecture du 26 août

    « C’est parce que la poésie prend cette mesure mystérieuse, nous voulons dire la prend à l’aspect du ciel, qu’elle parle en « images ». Aussi les images poétiques sont-elles par excellence des imaginations : non pas de simples fantaisies ou illusions mais des imaginations en tant qu’inclusions visibles de l’étranger dans l’apparence du familier. »
    Martin HEIDEGGER

    Le festival  POÉTISER LE MONDE s’est achevé le samedi 28 août. Temps de partage et de considération. Temps de recherche et de création. Temps d’éveil et d’imagination.

    Quelques jours plus tôt, nous avons proposé à votre écoute l’un des textes (difficile) qui a inspiré – et pas qu’un peu – ce projet de festival. Cette lecture était accompagnée du son merveilleux de la flûte de Julie HUGUET mais, sans préliminaires, elle a tout de même déconcerté – voire même un peu perdu – plus d’un d’entre vous. Il s’agissait de « …L’homme habite en poète… », une conférence de Heidegger à partir d’un vers du poète Hölderlin :

    « Plein de mérites, mais en poète, l’homme
    Habite sur cette terre. »

    Prenons le temps d’y revenir.
    Les concepts philosophiques sont des puissances contenues dans ces vases que sont les mots. À mesure que la puissance du concept est mieux perçue, le mot s’enfle ; il prend de l’ampleur et se colore de teintes de plus en plus subtiles. La langue paraît s’enrichir. Mais c’est le lecteur ou l’auditeur qui, en réalité, se transforme. Des portes, en lui, s’ouvrent. Il se souvient. Il entend mieux. Lire de la philosophie consiste à pénétrer – ou plus exactement à se laisser pénétrer – par cette lumière de la parole qui manifeste sa puissance.

    L’écriture de Heidegger procède en spirales de sorte qu’à chaque nouveau passage le mot fasse entendre davantage le concept qui l’anime, la pensée qui le vivifie.

    « Plein de mérites, mais en poète, l’homme
    Habite sur cette terre. »

    D’emblée, la condition humaine se trouve posée. Il faut bien des mérites à l’homme pour habiter sur cette terre, bien des efforts pour surmonter les obstacles que tout projet fait nécessairement apparaître. Cultiver un champ est difficile. Construire une maison, l’entretenir, parfois pénible. La nature n’est pas toujours favorable, le terrain peut s’avérer instable, le gel peut frapper bien après le printemps. Mais le poète insiste : ce n’est pas là ce qui fonde l’habiter humain – la possibilité, pour l’homme, d’habiter cette terre.
    En deçà ou par-delà cette existence pleine de mérites, l’homme habite en poète… L’essence de l’existence de l’homme relève d’un habiter poétique. Poiésis, en grec : créer.

    « L’homme n’habite pas en tant qu’il se borne à organiser son séjour sur la terre, sous le ciel, à entourer de soins, comme paysan (Bauer), les choses qui croisent et en même temps construire des édifices. »[1]

    L’homme n’est pas seulement dans le monde. Il est au monde : il l’habite. Et cela signifie qu’il le réinvente. Mais que veut dire réinventer ? Dès sa naissance le petit d’homme, qui, comme le précise Kant dans son Anthropologie du point de vue pragmatique, n’a le Je qu’en puissance, est entouré de ceux qui vont lui permettre, par l’acquisition du langage, d’y advenir à ce Je et de pouvoir tisser avec ses congénères ce monde symbolique qu’est le monde humain.
    Nous ne sommes pas dans le monde. Nous ex-sistons. Étymologiquement cela signifie que nous nous tenons hors de lui, dans un « sur-monde » symbolique. Nous nous tenons dans la parole. Et la parole, dit le philosophe, précède l’homme. En premier, était le Verbe. L’homme doit au Verbe son existence.

    « L’homme parle seulement pour autant qu’il répond au langage en écoutant ce qu’il lui dit. »[2]

    Nous ne survolons pas pour autant le monde. Le poète n’est pas détaché de la réalité au sens où il flotterait dans ses fantaisies. Nous avons à charge d’en révéler l’essence. Nous avons à charge de le rendre à la parole. Et cette charge n’est pas un poids. Elle est bien plutôt un honneur, l’honneur fait à celui qui a été conçu à l’image de Dieu. Par cet acte, en effet, qui consiste à remettre le monde à la parole, nous répondons à et de notre être.

    « Être poète, ajoute encore le philosophe, c’est mesurer. »[3]

    La phrase est surprenante. On ne s’y attendait pas. Que vient faire la mesure alors qu’il n’a été question, jusqu’ici, que de parole ? En quoi le calcul et la littérature se mêlent-ils ? Justement, il n’est question ni de littérature ni de calcul.
    Mesurer consiste ici à prendre la mesure de la Dimension du monde humain, autrement dit de l’écart entre le Ciel et la Terre. Cette mesure ne saurait être effectuée par calcul ni au moyen d’instruments dits de mesure. L’arpenteur du Château de Kafka n’a pas d’outil. Il est le poète : K. Celui qui se heurte à l’hostilité des hommes mais qui, par la parole, défait l’emprise temporelle autant que matérielle et ouvre les cœurs à ce qui, dans la langue, appelle afin d’être écrit et qui, pourtant, se soustrait à toute écriture.
    A l’origine du monde, une première séparation, une première blessure : la castration, par Cronos, d’Ouranos le Ciel, fils et époux de Gaia, la Terre.

    Ce point où se fissure le monde pour apparaître, seul le poète, par un acte d’imagination insensé, peut le rêver ; dans le ciel, en apercevoir le reflet. Jamais un œil, même doté de la technologie la plus élaborée, ne pourra atteindre ce lointain. Il est ce qui de toute éternité demeure étranger, ce qui de toute éternité se soustrait au visible.
    Ce point où se fissure le monde pour apparaître est le point poétique par excellence, le lieu depuis lequel l’homme habite sur cette terre. Point mémoriel, point de solitude.
    Chercher ce point de solitude. Travailler par la suite à l’achoppement des solitudes. Dans le lointain : se faire signe. Emettre une parole et tenter de bâtir un monde plus humain, un monde, vous l’aurez compris, poétique, à l’heure où la rationalité comptable et la normativité, partout, gagnent du terrain.

    Notre festival, à sa façon, fut donc un acte de résistance.
    Un acte libre, joyeux et doux mais résistant !

    Merci infiniment à la municipalité de Grez-sur-Loing de l’avoir accueilli ainsi qu’à tous les Grézois qui nous ont soutenus.

    Camille Laura VILLET


    [1] Martin Heidegger, Essais et conférences, « L’homme habite en poète… », Tel Gallimard, Paris, p.242
    [2] Martin Heidegger, Essais et conférences, « L’homme habite en poète… », Tel Gallimard, Paris, p.228
    [3] Martin Heidegger, Essais et conférences, « L’homme habite en poète… », Tel Gallimard, Paris, p.235

    © Sophie Rousseau
    Introduction au festival POÉTISER LE MONDE
    5 juin 2021 dans le jardin de l’hôtel Chevillon

    « La plus haute réalisation de l’homme spirituel reste la liberté, la liberté par rapport à autrui, aux opinions, aux choses, la liberté pour soi-même.
    Et c’est notre tâche : devenir toujours plus libre, à mesure que les autres s’assujettissent volontairement ».
    Stefan Zweig, L’Uniformisation du monde,1925.

    L’association KhÔra Imagination s’efforce d’écouter l’Esprit du Temps et ce dernier a certainement beaucoup de choses à nous dire.
    Il nous parle d’un passage, d’un retournement ou d’un changement radical de notre rapport au monde qui imprègne, de moins en moins silencieusement et de plus en plus douloureusement, tous les domaines de nos vies.
    Il nous parle du passage d’une conception matérialiste et morte du monde, qui asphyxie aujourd’hui nos corps et nos âmes, à une conception cette fois spirituelle et vivante.
    La poursuite de notre processus évolutif, tant sur le plan individuel que collectif, nous l’impose.
    Et ce retournement, inévitablement, s’appuiera sur une compréhension artistique de ce monde qui ne concernera pas seulement l’art en tant que tel, mais aussi les sciences de la nature, la médecine, l’éducation ou encore la philosophie.

    C’est notre projet au sein de Khôra, que d’œuvrer, à notre modeste échelle, dans le sens de cette métamorphose incontournable.

    Depuis le XVème siècle, c’est à dire la fin de la Renaissance, le monde sensible est devenu notre seule priorité et nos âmes, rendues passives, ont perdu le sens même du monde spirituel.
    Une partie de notre être s’est comme endormie au profit de la turgescence d’une autre, celle qui a généré toute cette civilisation matérialiste.
    Nous nous sommes coupés de la source sacrée de la vie pour nous abreuver d’écrans. Il n’y a plus d’Autre, plus de transcendance. Mais l’art, l’art vivant, réalise justement, à chaque fois qu’il se présente, une percée vers l’Autre. Il ne saurait exister d’art authentique sans transcendance.

    L’heure du réveil a sonné et toutes les crises que nous vivons : sanitaire, économique ou sécuritaire ne sont que les projections extérieures de ce réveil nécessaire et du grand effort à faire, tous autant que nous sommes, pour abandonner ce qui doit maintenant sortir définitivement de notre évolution.
    Retrouver les forces formatrices imaginatives, créatrices de ce monde, qui œuvrent artistiquement et véhiculent les forces vives de l’Esprit, ou alors s’embourber et disparaître inexorablement, tel le promeneur imprudent prisonnier des sables mouvants.

    Notre liberté ontologique nous confronte aujourd’hui à ce choix.

    Luc TOUBIANA
    Président de Khôra Imagination

    Festival POETISER LE MONDE
    Grez-sur-Loing

    Sur le thème « CONSTELLATIONS »

    Les « graines poétiques » du samedi 28 août 2021
    imaginées par Gaia SAITTA
    (Comédienne, metteur-en-scène, performeuse)

    Avec

    Sarah BERTHOLON (comédienne, danseuse)

    Chiara BUCHER (comédienne)

    Kyeong-mee CHUNG (artiste plasticienne)

    Julie HUGUET (Flûtiste)

    Christèle ORTU (comédienne)

    Yohan VALLEE (Comédien, danseur)

    Une soixantaine de personnes, de tous horizons, nous ont suivi à travers les rues de Grez-sur-Loing. Notre promenade poétique commencée sur le pré du Loing, de l’autre côté du Vieux Pont par rapport au village, s’est terminée dans le merveilleux jardin du Prieuré.

    Nous avions à l’esprit, pour construire ces tableaux vivants, le souvenir des artistes qui autrefois posaient leur chevalet sur les bords du Loing, espérant capter la lumière des lieux… Nous avions aussi en tête des phrases importantes :

    « Plein de mérites, mais en poète,
    L’homme habite sur cette terre »
    Hölderlin

    « C’est maintenant qu’il faut reprendre vie. » Yannick Haenel

    « Être poète, c’est là mesurer. » Martin Heidegger

    Et les phrases de R.L. Stevenson… Et les pages de Sundborn ou les jours de lumière de Philippe Delerm… et les tableaux de Barnett Newman… et le travail de Pina Bausch ; L’Ordre du temps de Carlo Rovelli, La découverte du monde de Clarice Lispector, Un bref instant de splendeur d’Ocean Vuong, Decreation d’Anne Carson, Lettres à un jeune poète de Rilke…

    Créer des constellations consiste à s’ouvrir afin de se mettre en résonnance avec tout ce qui peut nous réjouir et nous permettre d’atteindre ce ciel infini, au plus intime de nous-mêmes, où brillent les étoiles.

    Nous cherchons ce point mystérieux depuis lequel nous faire, réciproquement, signe et oser une parole.

    Il y avait aussi, au-dessus de nos têtes, dans le ciel, visibles chaque soir, Jupiter, le vaste et Saturne, la limite en vue de la forme. Nous avons travaillé sous le regard des astres, apprivoisant les possibilités qui nous étaient données d’advenir à la mesure de toutes choses et d’entrer vraiment en relation les uns avec les autres.

    Enfin et surtout nous nous sommes souvenus que ce qui nous appelle :
    « C’est symbolique ! » Noël Wilbreninck (stagiaire)

    Merci à tous !

     – Agenda –

    Samedis 2 et 16 octobre 2021
    de 17h à 19h

    Lecture didactique du texte de Heidegger « … L’homme habite en poète »
    par Camille Laura VILLET

    Cette lecture sera notamment éclaircie par d’autres textes de Heidegger ainsi que par le sermon 60 de Maître Eckhart « In omnibus requiem quaesivi » (J’ai recherché la paix en toutes choses).

    La rencontre se tiendra à Paris, près de la place de Nation, en même temps que sur zoom.
    Les textes ainsi que l’adresse de ces deux rencontres seront adressés aux personnes inscrites.

    Informations et Inscriptions : info@khora-imagination.fr
    Date limite pour les inscriptions : le 30 septembre 2021
    Gratuit pour les membres de Khôra – 10 euros pour les non-adhérents
    Samedi 13 novembre 2021
    de 17h à 19h

    Les Couples Mythiques
    Jason et Médée

    Par Camille Laura VILLET
    Reprise de notre exploration du mythe de Jason et Médée.
    Jason aidé par Médée remporte la toison d’or. Amoureuse, Médée le suit. Il l’épouse comme promis et lui donne deux fils mais finit par la délaisser. Un autre destin, pense-t-il, l’attend. Si Euripide, qui focalise la tragédie sur la défaite du couple, fait de Médée la figure de la femme vengeresse, capable jusqu’à commettre l’infanticide, Appollonius de Rhodes nous livre une version plus complexe. Petite-fille du soleil, Médée ne détient pas n’importe quel pouvoir. Elle est une vierge du soleil. Le don qu’elle fait au jeune héros de sa personne n’est pas à prendre à la légère… Son nom, d’ailleurs, issu du verbe grec μήδομαι / mêdomai « méditer », est construit à partir de la racine -med : comprendre, concevoir…
    C’est ce don de la femme à l’homme et de la responsabilité qu’en retour il suppose que nous méditerons.
    Réflexion tant sur la dette des hommes envers les femmes que sur la puissance de ces dernières. Réflexion sur le devenir de l’homme et de la femme ainsi que sur l’individuation. Réflexion sur les enjeux de l’altérité.

    La rencontre se tiendra à Paris, près de la place de Nation, en même temps que sur zoom.
    L’adresse exacte sera communiquée aux personnes inscrites.

    Informations et Inscriptions : info@khora-imagination.fr
    Date limite pour les inscriptions : le 11 novembre 2021
    Gratuit pour les membres de Khôra – 10 euros pour les non-adhérents

    Date à préciser
    ASSEMBLEE GENERALE 2021

    En raison du festival Poétiser le monde, il a été décidé de repousser l’Assemblée générale à la fin de cette année. La date vous en sera communiquée dans la prochaine newsletter. Elle sera accompagnée de l’ordre du jour de cette AG.

    Les adhésions courent jusqu’à la fin de cette année.
    Elles seront à renouveler en janvier 2022 et seront valables jusqu’en décembre 2022.

    La tenue de tous nos événements reste soumise à l’évolution de la crise sanitaire.

    Retrouvez nos éditos ainsi que nos billets d’humeur et réflexions dans nos archives, en cliquant ici

    Toutes vos propositions sont les bienvenues
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    1. Les Couples Mythiques Jason et Médée

      13 novembre @ 17 h 00 min - 19 h 00 min